Contribution d'un membre du comité sur la rentrée 2008
Date : 11/07/2008 local
A la rentrée 2008, avec la suppression des cours le samedi, les élèves auront un cinquième de cours en moins. 72 heures de cours sur une année, soit du CP au CM2, une diminution de 360 heures de cours ! Pour aider les enfants en difficulté, la solution miracle a donc été trouvée : baisser le niveau général de l’ensemble des enfants. Comme le dit Antoine Prost, universitaire, spécialiste des questions de pédagogie :« une catastrophe est en marche, plus grave que les nouveaux programmes de l'école primaire ou les suppressions de postes qu'on dénonce dans la presse ou dans la rue. Il sera facile, en effet, de revenir sur ces mesures. La suppression de deux heures de classe dans l'enseignement primaire et la semaine de quatre jours risquent au contraire d'être irréversibles (…)A qui fera-t-on croire qu'il est possible d'apprendre mieux et plus en travaillant moins? » .
A Pantin, comme dans toute la France et de manière unanime, les enseignants et les parents demandent le maintien et l’amélioration des conditions d’enseignement : pas une seule fermeture ; maintien de tous les postes statutaires, ouverture de toutes les classes nécessaires.
La moindre de ces revendications se heurte aujourd’hui à la politique dictée par l’Union européenne, présidée par la France depuis le 1er juillet. Pour Bruxelles, il y a trop de marins pêcheurs, trop de profs, trop de facteurs, trop d’Hôpitaux… trop de jeunes certainement… Comment accepter une telle politique de la terre brûlée ?
Nos écoles ont été construites pour répondre à des besoins en scolarisation aujourd’hui dépassés : qu’importe, on entasse au lieu de construire à hauteur des besoins, les cantines sont surchargées, alors on fait la chasse aux parents qui ne travaillent pas pour nier le droit de leurs enfants de manger à la cantine. Partout où les conditions d’installation de nouvelles classes existent : c’est toujours la même fin de non recevoir. Le rectorat met tout en place au dernier moment : « il faut mutualiser les moyens sur le département » dit l’Inspection académique : si on donne à telle école, on doit prendre à telle autre disent-ils. Le Maire de Pantin veut appliquer la loi : mais aucun décret ne modifie le statut des enseignants, aucun décret ne met en place les réseaux locaux d’écoles (projet en provenance de la commission de Bruxelles). De par cette politique, la frontière entre la fonction publique d’État et la neutralité de ses agents, les collectivités locales et les associations privées ne sont plus claires, ne sont plus garanties.
Nous ne sommes pas dupes : supprimer les cours du samedi matin, c’est mettre en œuvre pratiquement le « dégraissage » du mammouth, pour reprendre les propos de l’ancien ministre PS de l’Éducation Nationale Claude Allègre. Dans le cadre de la réforme de l’État, liée à la politique de réduction des « déficits publics » voulue par l’Union Européenne, le gouvernement a annoncé sa volonté de supprimer 11 500 postes dans l’Éducation Nationale, des dizaines de milliers dans tous les ministères
Afin de mettre en œuvre ses projets de démantèlement, le gouvernement veut annualiser 108 heures d’obligation de service des enseignants du primaire pour les livrer à la déréglementation école par école, collectivité locale par collectivité locale.
En fin d’année scolaire, Monsieur Kern, Maire de Pantin, écrit aux parents pour protester contre les mesures du gouvernement, défendre l’école. Bien entendu, nous soutenons cette démarche. Mais on peut s’interroger sur la décision de modifier la durée et le contenu de la pause méridienne (heure du repas) à la place des suppressions de cours du samedi matin. Alors que le ministre de l’Éducation nationale prétend supprimer les cours du samedi matin et instaurer « des heures de soutien », ce nouveau créneau ne sera-t-il pas tout indiqué pour organiser ces « aides individualisées »?
Dorénavant, les enfants qui vont à l’étude sortiront de l’école à 18 heures ! Pendant cette pause, on prétend organiser des aides individualisées pour les enfants en difficulté. Soit 3 x 40 minutes par semaines. Exactement ce que propose l’Inspection académique, qui est chargée de mettre en place la politique du ministre. Mais dans le même temps le gouvernement met en œuvre un véritable plan de liquidation : 11 500 postes en moins, des milliers de classes supprimées sur toute la France, la fin programmées des CLIS, de l’enseignement spécialisé.
Ainsi, l’aide aux élèves en difficulté serait retirée des RASED (réseaux professionnels d’aide et de soutien aux élèves en difficulté) pour les transférer sur les maîtres ordinaires, non spécialisés qui devraient faire des « stages de remise à niveau » pendant les congés... tout cela parce que former des spécialistes coûte trop cher au regard des critères de l’Union Européenne ! De la sorte, le gouvernement pourra supprimer des milliers de postes d’enseignants spécialisés de RASED et supprimer des milliers d’heures de formation… Mais pour occuper les enfants dans de prétendues « aides individuelles personnalisées », ou faire revenir les plus en difficulté pendant les vacances, là, il y aurait de l’argent : n’est ce une autre société que l’on veut nous imposer ?
En réunion avec la Mairie sur la question des deux heures de soutien scolaire, le Maire dit « on fait une concertation avec les parents et les enseignants ». Mais quel est son point de vue sur la disparition du RASED ? Depuis des années, il manque par exemple deux postes d’instituteurs spécialisés aux 4-Chemins. Il n’y aura pas de postes, mais des « formations ».
En avril dernier, par centaines de milliers, étudiants et lycéens manifestaient aux cris :
« On veut des profs pour pouvoir étudier ».
Comment ne pas soutenir les étudiants et les lycéens, qui ne demandent qu’à pouvoir étudier, se former, acquérir des diplômes nationaux fondés sur des qualifications et envisager un véritable avenir ? Comment ne pas soutenir les enseignants, qui veulent pouvoir… enseigner, dans le respect de leur liberté pédagogique et de leur statut de fonctionnaire d’État, garantie fondamentale de leur indépendance vis-à-vis des groupes, des lobbies, des pouvoirs politiques locaux et nationaux ?
La suppression des cours du samedi matin c’est la désorganisation de toute l’éducation nationale… et le moyen de faire des économies sur le chauffage, sur le personnel spécialisé comme les ATSEM des mairies.
Pour le maintien et l’augmentation du nombre de RASED et de CLIS pour prendre en charge pendant le temps scolaire tous les enfants en difficulté scolaire.
Annulation de toutes les fermetures de classes, création de tous les postes nécessaires. Aucune suppression de poste d’enseignant !

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