A propos de la préparation du budget de la ville pour l’année 2009

A propos de la préparation du budget de la ville pour l’année 2009

Nous étions plusieurs adhérents du comité POI pantinois, à assister au conseil municipal du 16 décembre 2008, qui menait notamment le débat d’orientation budgétaire de la ville.

Surprise : c’est un cabinet privé qui a élaboré le « scénario » budgétaire pour cadrer les années qui viennent pour les finances municipales.

Il est intéressant de noter que c’est au conseil municipal précédent qu’a été votée l’augmentation des tarifs que paiera la population pour les activités. Nous regrettons d’ailleurs que cette augmentation ait fait l’objet d’un vote unanime du conseil, donc aussi des trois conseillers issus de la liste que nous avions présentée en commun en mars dernier : à aucun moment cela ne figurait dans le mandat que nous avions sollicité auprès des pantinois, ni dans le protocole d’accord passé entre le comité du POI et la section du PCF.

Cette augmentation étant acquise, monsieur le maire présente un joli diaporama au conseil municipal suivant, indiquant les priorités proposées pour 2009-2014, les moyens envisagés pour y parvenir, les grandes ambitions qu’il a pour les pantinois.

« Les piliers des choix stratégiques proposés » :

Aucune augmentation de la part communale des impôts locaux pour les 6 prochaines années. Encore heureux, la population est déjà étranglée. Reste à savoir ce que monsieur le maire et conseiller général va proposer lors du même débat au Conseil général pour la part départementale …

Maîtrise des dépenses de fonctionnement : là, ça se gâte, parce que sous cette appellation, ce sont les services publics municipaux (ou tout ce qui devrait être municipal) qui devraient se serrer la ceinture, donc au détriment des postes pour les personnels et les jeunes qui devraient pouvoir y trouver un emploi statutaire, et au détriment de la population, qui va voir toujours plus de services privatisés, ou sous-traités, ou sous contrat, ce qui revient au même.

Maintien d’un haut niveau du montant net d’investissement (après subventions)… mais dans quoi : crèches publiques ou pistes cyclables ? logement HLM en masse, ou accession « sociale » à la propriété ? Bref, au service de quelles priorités ?

Logique de désendettement qui doit amener la commune à finir ces six années en dessous du seuil fatidique d’un montant de dette inférieur à 100% des recettes de fonctionnement (et donc, sortir du contrôle et des contraintes de l’Etat qui, comme chacun a pu s’en apercevoir, surveille ça de très près pour veiller au grain !)

On vous passe le blabla technique pour en venir au fond des choses. Monsieur le Maire dit que des « réformes » sont nécessaires pour mettre tout ça en œuvre :

a- « passer d’une logique de moyens à une logique de résultat » (on dirait du Bachelot ou du Darcos dans le texte). En clair « nous aurons besoin de moins de nouveaux postes, et au fur et à mesure des départs en retraite nous regarderons en fonction des besoins de service public si on les remplace ou pas ». Vous devinez la réponse à chaque fois que la question sera posée… D’ailleurs, elle ne devrait pas être posée, puisque « chaque agent doit devenir acteur du changement, et avec le management participatif, c’est au niveau de l’encadrement intermédiaire que chacun devra participer à la rationalisation de notre gestion ». Monsieur le Maire enfonce le clou : « c’est une véritable révolution qui est proposée, et qui est en cours dans beaucoup de villes, comme Les Lilas, St Ouen, Le Pré St Gervais.. » Vous allez comprendre plus loin cet « argument ».

b- « un plan pluriannuel d’investissement programmé sur toute la durée du mandat » (et non plus une vue à un an ou deux maxi, au cas par cas, selon les besoins) : il risquera d’être difficile, dans ces conditions, d’engager un investissement si des mesures urgentes sont détectées comme nécessaires seulement dans quatre ans, ou suite à une mobilisation de la population. Y a un cadre, désolé, c’est pas possible…

c- révolution majeure, et qui encadre tout le reste : l’intercommunalité. Eh bien, pas fâchés d’être allés à ce conseil municipal, on y a au moins appris quelque chose ! Depuis le mois de septembre, les maires de 7 communes se sont réunis chaque mois pour avancer ce dossier comme on dit, et à Pantin, il pourrait y avoir vote au 1er trimestre 2009. Bigre ! En fait, les choses sont en train de se monter, mais « sans la précipitation qui a conduit aux problèmes rencontrés ailleurs où, au lieu de mutualiser les moyens et faire des économies, on a rajouté, rajouté ».

Donc, là, si ça se passe comme il faut, il y aura « mutualisation des moyens » et « économies ».

N’y aurait-il pas de rapport avec l’objectif de « maîtrise des dépenses de fonctionnement », c’est-à-dire de compression des personnels ?... Comme c’est bien là le problème et que ça ne va pas passer comme une lettre à la poste, Monsieur le Maire reconnaît que « aujourd’hui les gens ont peur de l’intercommunalité et qu’il va falloir aller voir la population pour la convaincre que le projet d’interco est une chance ». Oh oh, il faudrait expliquer ça aux habitants de La Courneuve ou d’Aubervilliers, qui ont eu beaucoup de chance de perdre leurs offices municipaux HLM dans Plaine Commune…Très prudent, Monsieur le Maire annonce qu’il y aura un conseil municipal extraordinaire au moment du lancement de l’association entre les communes prévues pour acter la démarche (messieurs dames les conseillers, soyez bons paillassons !). Mais « en même temps, je considère que le périmètre a été validé par l’élection municipale » dit M. Kern. On en tomberait de sa chaise !

Au moment où la ministre Bachelot saccage les hôpitaux publics et « rationalise » à tours de bras, au mépris de la vie même des patients et des personnels, on chercherait à nous faire croire qu’une « mutualisation » des moyens dans une « maîtrise des dépenses de fonctionnement » n’aurait aucune conséquence pour le personnel communal, pour la population ? Et ces choses là sont présentées en toute tranquillité alors que les ¾ de la population sont angoissés pour leur travail, leur logement, leur avenir ?

Les sous-traitants de Roissy licencient à tout va, PSA Citroën Aulnay vire ses intérimaires, CDD, et impose le chômage partiel, étrangle les sous-traitants, mettant en jeu des centaines d’emplois dans le département.. et on nous parle « pluriannuel », « rationalisation » et « logique de résultat » ?!

Ce que nous accorderons volontiers à Monsieur le Maire : les temps à venir sont incertains, notamment pour les communes, les collectivités locales, toujours sous la menace de nouvelles suppressions de ressources par l’Etat, sans les compensations correspondantes ; et avec des charges nouvelles du fait du désengagement de l’Etat qui étranglent les communes et les départements, poussant à la privatisation tous azimuts.

Mais est-ce acceptable ? Est-ce le mandat confié aux élus municipaux par leurs électeurs que de traduire dans notre localité la politique de destruction sociale du gouvernement et des directives européennes ?

Monsieur Godille, au  nom du groupe des élus socialistes et radicaux et apparentés, explique que « la droite a détourné la décentralisation » pour appliquer sa politique. Eh bien non, c’est le cœur même de la « décentralisation », que de détruire, en même temps que les ministères et services centraux de l’Etat, chaque échelon de service public dans les départements, les communes.. pour aboutir à la privatisation de ce qui peut être rentable (les routes, cadeaux à Bouygues, Véolia par exemple), en faisant peser les charges (budgets sociaux) sur les collectivités, c’est-à-dire l’impôt des contribuables. Tout cela a une limite, celle de la misère généralisée ou celle du renversement du système, afin de répondre aux besoins de l’immense majorité, les travailleurs, la jeunesse partout. C’est cela le combat pour le socialisme.

Alors quand le même Godille dit que « répondre aux exigences légitimes écologiques, y répondre malgré la crise implique un courage politique et financier » (et il se félicite de ce que les orientations présentées montrent un tel courage…), on se demande si on vit sur la même planète.

Bref, pour notre part, plus que jamais, nous estimons qu’une municipalité au service de la population n’a pas à se faire le relais de la politique gouvernementale et/ou européenne, contraire aux intérêts de l’immense majorité. Plus que jamais, dans la situation actuelle qui aggrave les souffrances et difficultés de la population ouvrière de notre ville, pour défendre et reconquérir les moindres droits et acquis de la lutte de classe l’unité est une exigence.

Et si nous nous félicitons de ce que, au niveau local, monsieur le maire et président de Pantin Habitat, ait proposé un conventionnement permettant que le surloyer Boutin ne s’applique pas en 2009, nous ne pouvons être d’accord avec la renonciation, dans les propositions d’investissement, à la construction massive de logements HLM permettant de répondre aux besoins des familles de salariés, des jeunes. C’est, avant l’amélioration des pistes cyclables et l’éco-quartier, l’urgence pour plus de 4000 demandeurs de logement HLM,  pour des milliers de mal logés dans Pantin.

De la même manière, quel plan d’investissement pour des crèches collectives publiques répondant aux besoins des familles, dans les meilleures conditions de sécurité et d’hygiène pour les bébés, et les conditions de travail garanties pour les personnels qualifiés.

Le projet d’intercommunalité ne remet-il pas en cause – au nom de la mutualisation des moyens – les crèches publiques existant dans chacune des villes concernées ? Qu’en serait-il, concernant le surloyer Boutin, si les compétences logement sont dévolues à l’interco ? Quelles garanties, quel contrôle, quelle souveraineté des habitants sur leur propre vie ? Autant de questions pour lesquelles, dans Plaine Commune ou à la maternité d’Amboise, la population ni les nourrissons n’ont trouvé dans « la mutualisation » et « les économies d’échelle », une réponse à hauteur de leurs droits.

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