Editorial d'Informations Ouvrières N°48

Le spectre de l’abstention hante les sommets

IO n°48

A droite... « Le premier défi à relever, c’est celui de l’abstention » (le Premier ministre, François Fillon). « Le premier adversaire, c’est l’abstention » (la tête de liste UMP en Ile-de-France, Michel Barnier). « J’accuse directement l’UMP et le PS de provoquer l’abstention » (Marine Le Pen, 21 avril). Mais aussi à gauche... « On a deux ennemis, l’abstention et la dispersion » (Vincent Peillon, tête de liste PS dans le Sud-Ouest). « Si ça devait se terminer par un taux de participation de 49 %, ce serait un très grave échec démocratique » (Harlem Désir, tête de liste PS en Ile-de-France). « Une abstention massive constituerait un échec pour la démocratie » (L’Humanité, 5 mai). « Nicolas Sarkozy et son gouvernement organisent l’abstention » (Marie-George Buffet, L’Humanité Dimanche, 20 mai). « Si concurrence il y a (avec le NPA — NDLR), c’est avec l’abstention » (Olivier Besancenot).

Comment comprendre que des partis qui affirment représenter les intérêts des travailleurs et de la démocratie s’engagent dans cette croisade consensuelle contre l’abstention et les abstentionnistes ?

Et qu’ils osent invoquer l’argument de la démocratie ?

Le 29 mai 2005, en dépit des flots de propagande, le peuple rejetait le traité constitutionnel. A peine ce vote émis, les gouvernements et l’Union européenne ont mis en chantier un nouveau traité, celui de Lisbonne, et poursuivi les politiques de destruction des traités de Maastricht et d’Amsterdam, pourtant condamnés le 29 mai.

Où est-elle, la démocratie ? L’Union européenne octroie plus de deux mille milliards d’euros aux capitalistes et, au nom de la concurrence libre et non faussée (inscrite dans les traités), interdit d’interdire les licenciements.

Où est-elle, la démocratie ? La Banque centrale européenne ordonne de tailler à la hache dans les budgets de la Sécurité sociale et les budgets publics, aboutissant en France à la destruction de centaines de milliers d’emplois dans les secteurs publics, dans les hôpitaux et les écoles. Qu’on ne vienne pas donner aux travailleurs et aux jeunes des leçons de démocratie. La négation de la démocratie, c’est l’Union européenne elle-même, sa Banque centrale, ses traités.

Alors, qu’on ne compte pas sur le Parti ouvrier indépendant pour rejoindre le choeur de ceux qui crient « haro sur le baudet » et condamnent à mort « ce pelé, ce galeux d’où venait tout le mal », pour reprendre les mots de La Fontaine.

Le 7 juin, nombre de travailleurs et de jeunes s’abstiendront. D’autres, parce qu’ils sont attachés à leur parti, iront voter. Mais c’est un fait : votants ou abstentionnistes, personne n’attend quoi que ce soit du vote du 7 juin, du moins quoi que ce soit de favorable aux intérêts des travailleurs et de la démocratie.

Le spectre de l’abstention hante les sommets de l’Union européenne, des gouvernements et de tous ceux qui défendent ces institutions.

Ce spectre porte en lui, comme en creux, l’aspiration à la reconquête de la démocratie.

Ce spectre porte en lui, comme en creux, les préparatifs des plus grandes mobilisations sur le terrain de classe pour bloquer les plans destructeurs mis au point et encouragés par l’Union européenne.

C’est d’ores et déjà un fait majeur de la situation politique. Un fait salutaire où la classe ouvrière puisera un encouragement à regrouper ses forces sur le terrain de classe et à se préparer pour les plus grands combats à venir.

Retour