Editorial d'Informations Ouvrières N°50

“La seule victoire, c’est de conserver son emploi”

IO n°50

IL y a l’avalanche de commentaires sur « le succès de l’UMP », la « percée des Verts », ou encore l’influence déloyale d’un certain film… Et puis, il y a la réalité. La réalité sociale que concentrent quelques chiffres. Record d’abstention dans toute l’Europe (57 %) et en France (près de 62 % en comptant les blancs et nuls). On passe à 70 % en Seine-Saint-Denis. Dans ce département sinistré, on atteint 75 % à Bobigny et 80 % à Stains. Dans cette dernière ville, les bureaux de vote 11 et 13, correspondant à la cité du Clos Saint-Lazare, affichent des taux de 86,7 et 87,2 %

Oser annoncer un « succès » du parti au pouvoir quand, dans les quartiers populaires, près de 9 électeurs inscrits sur 10 refusent d’aller voter, cela relève de la supercherie la plus absolue !

Supercherie dont la fonction est évidente : à peine tournée la page électorale, le gouvernement annonce l’avalanche des mesures anti-ouvrières, tenues secrètes jusque-là (lire page 6). Les chiffres du chômage confirment la marche au million de chômeurs supplémentaires d’ici la fin 2009. Coïncidence de calendrier ? Le 8 juin, le FMI publie son rapport sur la France, dans lequel il recommande « d’intensifier les réformes structurelles », et en particulier de faire en sorte « que les mesures prises pour réduire le temps de travail ou améliorer les prestations sociales (…) comprennent une clause de réversibilité automatique ».

Faire passer ces brutales mesures de destruction, alors que l’abstention a révélé la profondeur du rejet : n’est-ce pas dans ce but que, dès le soir de l’élection, Fillon en a appelé à l’« unité nationale » ? N’est-ce pas dans le même but que le président de la République a invité le 8 juin les représentants syndicaux à préparer avec lui un « sommet mondial pour l’emploi » et un « pacte mondial du même nom » ?

Pacte mondial dont le contenu est donné par l’accord passé aux Etats-Unis entre les patrons de l’automobile et le syndicat UAW : ce dernier a en effet accepté de livrer les fonds des régimes de retraite — propriété des travailleurs — pour renflouer l’entreprise, qui, dans le même temps, licenciera 21 000 travailleurs !

Finalement, n’est-ce pas cette politique d’accompagnement des licenciements et des plans de destruction anti-ouvriers qui a été rejetée massivement ce 7 juin ?

Ce 7 juin a montré la profondeur de la crise de la démocratie politique. La marche à la dislocation des partis — dont l’existence est partie prenante de la démocratie politique, au même titre que les syndicats ouvriers — ne saurait constituer un signe positif.

La reconquête de la démocratie est à l’ordre du jour. Elle ne peut être que l’oeuvre de la mobilisation unie de l’immense majorité du peuple travailleur traduisant dans l’action ce qu’il a exprimé « en creux » dans l’abstention électorale. S’ils ne veulent pas poursuivre leur descente aux enfers, les partis qui se réclament de la classe ouvrière et de la démocratie n’ont pas d’autre choix : il leur faut rompre avec toute subordination à l’Union européenne. Et pour commencer, tourner le dos à l’accompagnement des suppressions d’emplois.

A ceux qui ont cru bon de vanter l’accord signé à Continental auprès des salariés de Goodyear, voici ce qu’a répondu un délégué syndical de cette entreprise menacée de perdre 1400 emplois : « La seule victoire, c’est de conserver son emploi. Car à 40 ans, toucher 50 000 euros, c’est se retrouver quelques années après à la rue » (Le Courrier picard, 6 juin).

Cette « seule victoire », n’est-ce pas l’objectif sur lequel, de toute urgence et à tous les niveaux, l’unité de la classe ouvrière et des partis qui s’en réclament peut et doit se réaliser ?

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