Editorial d'Informations Ouvrières N°51

Un cercle vicieux

IO n°51

DIMANCHE soir 14 juin : parlant des retraites, le ministre Hortefeux propose de « diminuer les pensions, augmenter la durée de cotisation, reporter l’âge de départ à la retraite jusqu’à 67 ans ». Bien sûr, ces propositions n’engagent « en rien » le gouvernement.

Lundi 15 juin : Fillon déclare que le sujet « mérite un débat national ». Le même jour, la presse annonce que le prétendu déficit de la Sécurité sociale aurait « doublé » par rapport à l’an dernier. Bref, il y a urgence à prendre des mesures...

En réalité, tout cela relève d’un scénario prévu de longue date. The Economist (revue qui exprime les vues des dirigeants de la place financière de Londres) revient sur l’explosion sans précédent de la dette publique : pour les dix pays les plus riches de la planète, elle passerait de 78 % du produit intérieur brut (PIB) en 2007 à 114 % en 2014. Mais, plaide The Economist, on ne peut pas faire autrement : « Sans le renflouement des banques, le krach financier aurait été une catastrophe beaucoup plus importante. »

Cette dette qui enfle pour renflouer les spéculateurs, qui devra la rembourser ? The Economist n’y va pas par quatre chemins : « Les gouvernements doivent s’engager à assainir leurs finances publiques par la promesse de futures coupes dans les dépenses. » Pour être précis, « une priorité sera d’élever l’âge de départ en retraite, ce qui pourrait stimuler les revenus fiscaux et réduire les dépenses des pensions. Beaucoup de pays riches l’ont déjà fait, mais il faut aller plus loin et plus vite. Une autre cible prioritaire sera l’assurance maladie. »

On ne peut parler plus clairement. 18 000 milliards de dollars 1 ont été déboursés par l’administration américaine et les gouvernements de l’Union européenne pour renflouer les spéculateurs. Et c’est pour cela qu’il faudrait liquider les retraites ouvrières et la Sécurité sociale !

La crise offre une opportunité supplémentaire de mettre en oeuvre le rêve de toujours de la classe capitaliste et des gouvernements successifs : démanteler l’assurance maladie et les régimes de retraite, contraindre les travailleurs à travailler plus longtemps avec des pensions réduites et à ne disposer de couverture maladie qu’en recourant à des assurances privées.

Interrogé sur France Info, le 16 juin, le député « socialiste » de Paris Jean-Marie Le Guen déclare : « Il faut (…) qu’on permette aux gens de travailler plus longtemps (...), il y a besoin de réformer en profondeur notre système de retraites », en particulier en procédant à « un allongement de la durée du travail ».

Comment comprendre qu’un dirigeant d’un parti qui prétend plonger ses racines dans l’histoire du mouvement ouvrier puisse tenir de tels propos ? Il y a là un cercle vicieux, infernal. On commence par refuser de combattre pour l’« interdiction des licenciements ». Et comme les licenciements entraînent la diminution des ressources de la protection sociale... on finit par remettre en cause le droit à la retraite, à l’assurance maladie.

Il y aurait pourtant une solution infiniment plus simple : bloquer les plans de licenciements, ce qui rétablit le financement de la Sécurité sociale, des caisses de retraite et de l’ensemble des droits ouvriers.

Bien sûr, pour cela, il faut renflouer les travailleurs et pas les spéculateurs. L’offensive qui reprend contre la Sécurité sociale et les retraites confirme le caractère central du mot d’ordre « Interdiction des licenciements » et l’urgence qu’il y a à forger l’unité pour en imposer la réalisation.


  • 1 15 000 milliards d’euros, soit plus que le produit intérieur brut des Etats-Unis et de l’Allemagne réunis.

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