Interview de Michel Pryszlak, Président du conseil local FCPE des Quatre-Chemins à Pantin.
Propos recueillis par Kamélia KincaidPeux tu nous présenter la FCPE et le sens de ton action ?
Adhérer à la FCPE, c'est s'engager dans une association de parents d'élèves pour défendre les intérêts et les droits des parents et des élèves de l'école publique; c'est s'engager pour que vive l'idéal et la persistance d'une école publique, laïque, gratuite et solidaire. A Pantin, deux faits ont marqué le jour de la rentrée scolaire : la police qui filtre l'accès de l'école Joséphine Baker aux élèves et à leurs parents (l'école est située dans la même rue, Denis Papin, qu'un campement de Roms à qui on ordonnait de s'en aller. Pour les enfants qui vivaient là, il n'y avait plus d'espoir de scolarisation possible); Et aussi : plus aucun enseignant remplaçant n'était disponible pour l'ensemble de la commune dès ce jour-là, du jamais vu ! Le jour de la rentrée, pour donner le ton, on avait droit aux résultats de la politique sécuritaire la plus crasse et à ceux de la politique budgétaire la plus destructrice de l'école publique...
Dans quelles conditions s'est passée la rentrée scolaire à Pantin ?
On a pu constater le manque d'AVS (Auxiliaires de Vie Scolaire) pour assurer l'accompagnement et la scolarisation des élèves handicapés. Un parent s'est vu demandé d'aller "recruter" lui-même une AVS pour son enfant ! Les absences non remplacées pullulent et de grandes difficultés sont prévisibles les prochaines semaines. On assiste à des aberrations : on demande à des enseignants d'aller faire des remplacements tout en les remplaçant eux-mêmes pour ça ! Le Réseau d'Aides Spécialisées aux Elèves en Difficultés (RASED) manque de moyens, ce qui oblige à choisir parmi les élèves en difficulté ceux qui auront une aide et ceux qui n'en auront pas.
Des écoles explosent, n'en peuvent plus de s'agrandir. C'est le cas, par exemple, des écoles maternelles Jean Lolive et Diderot. Construites à l'origine pour accueillir 350 élèves de 2 à 6 ans à elles-deux (8 et 6 classes), elles en « accueillent » aujourd'hui 650 (14 et 12 classes !). Et la commune nous vente la création de logements sociaux dans le quartier où sont ces écoles ! Mais dans quelle école vont aller les enfants de ces logements sociaux ? Alors même qu'il y a urgence et que la FCPE alerte la Ville de Pantin sur ce dossier depuis plus de dix ans, la Mairie vient de confirmer la création... d'une école élémentaire. On voudrait participer au démantèlement des écoles maternelles et à la fuite vers les écoles privées qu'on ne s'y prendrait pas autrement. On n'a pas le droit de jouer avec les conditions de scolarité des enfants !
On a l'impression qu'un consensus existe entre l'administration de l'éducation nationale, c'est à dire le ministère et la mairie, qui se partagent les responsabilités. Qu'en penses-tu ?
Un consensus existe. On a pu le constater dans l'allongement de la pause méridienne (la pause de midi passant de 1h30 à 2h00). D'un côté, la Mairie faute de locaux pour accueillir tous les élèves en cantine, en allongeant ce temps, organise plusieurs services. De l'autre côté, l'inspection de l'éducation nationale case ses deux heures "d'aide personnalisée" pour les élèves en difficulté, aide inadaptée qui a lieu en dehors du temps scolaire.
On constate aussi l'impossibilité de scolariser les enfants de 2 ans. Seule une école maternelle sur les douze de Pantin accepte ces enfants. Ailleurs, c'est impossible, faute de places disponibles. Pourtant six écoles sont en Zone d'Education Prioritaire (ZEP) à Pantin. La responsabilité de cette dégradation de la scolarisation des enfants de deux ans est partagée par l'éducation nationale, qui a en charge d’ouvrir des classes, et par la municipalité, qui a celle de construire des écoles.
L'école publique n'a jamais été aussi menacée. Il est temps de s'en révolter. Les enseignants l'ont bien compris qui se mettent en grève massivement. La FCPE les soutient. Car c'est l'émancipation des enfants d'aujourd'hui qui fera les consciences critiques et éclairées des citoyens-travailleurs de demain.
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