Au conseil municipal du mois d'octobre...

Lors du conseil municipal du mois d’octobre (ne cherchez pas… aucun compte rendu officiel des débats au conseil n’est plus publié depuis de nombreuses années…) les élus de la liste « du courage à gauche », qui avait été soutenue par le POI, sont revenus à plusieurs reprises sur les problèmes du logement, qui se font si criants pour une grande partie de la population. Augusta Epanya a notamment demandé au maire pourquoi il n’y avait pas plus de logements en PLAI (c'est-à-dire avec les loyers les moins élevés) dans les constructions neuves. Il est intéressant de revenir dans le détail sur la réponse de Bertrand Kern, que l’on ne saurait soupçonner de ne pas savoir de quoi il parle en la matière :

« Nous sommes attachés au parcours résidentiel, à la possibilité pour chacun d’avoir un logement pour toutes les étapes de la vie. Il n’y avait pas de PLS à Pantin (les PLS sont des logements dont les loyers sont deux fois plus élevés que les PLAI). A cause des surloyers imposés par la loi Boutin, des locataires sont virés de leurs logements. Le PLS est donc une porte de sortie pour ces familles pour qu’elles restent à Pantin ».

[au passage, combien de familles virées pour cause de surloyers, combien de construction en PLS ? Nous ne le savons pas]

Le maire a parlé de « parcours résidentiel ». De quoi s’agit-il ? Il faut savoir que dans la loi Boutin (la dernière loi en date concernant le logement dit « social » — l’expression « loyer modéré » a disparu du vocabulaire officiel) —, la notion de « parcours résidentiel » a remplacé celle, traditionnelle, de « maintien dans les lieux ». Fondamentalement, il s’agit là d’une véritable transformation en profondeur du système des attributions de logement. Tout est fait aujourd’hui par l’État pour saquer les locataires des logements « sociaux » : cela libère des logements pour les demandeurs en évitant de construire à hauteur des besoins réels avec des loyers réellement modérés. Dans la loi, cela s’appelle joliment le « parcours résidentiel », et le surloyer Boutin est un des éléments incitatifs à la mise en œuvre forcée de ce prétendu « parcours résidentiel ». Alors il faudrait savoir : notre maire défend le parcours résidentiel mais regrette les surloyers. Quant au baratin sur la question d’un logement pour toutes les étapes de la vie… Quelle condescendance ! Où est le choix réel des locataires ? Payer un loyer, qui ne cesse d’augmenter, généralement sans amélioration des prestations d’entretien ou s’endetter pour 25 ans auprès d’une banque et pour — la plupart du temps, compte tenu des coûts —, acheter une surface plus petite que celle louée ?

Monsieur Kern considère que la seule perspective est de bien voter en 2012… Mais son parti n’a-t-il pas été au pouvoir ces trente dernières années ? Un gouvernement socialiste a-t-il rétabli l’aide à la pierre ? Non ! Le désengagement financier de l’État du logement dit « social » est un point commun à toutes les politiques menées dans le domaine par tous les gouvernements de la Vème République.

Le maire de Pantin s’apitoie sur les milliers de demandeurs de logement. Mais lorsque l’on sait que 90% d’entre eux relèvent du PLAI, un constat s’impose : on choisit de ne pas répondre aux demandes de la majorité des demandeurs.

Dans la discussion du Conseil Municipal, Jean-Pierre Henry, élu de la liste « du courage à gauche », faisait remarquer que les conseillers municipaux ne disposent d’aucun récapitulatif du nombre de constructions selon les coûts et que si c’était le cas, on verrait que les PLAI ont la part faible : « 900 euros par mois pour un 3 pièces, c’est inaccessible pour les pantinois qui ne peuvent plus accéder à un logement locatif. Il faut accentuer la part réservée à ceux qui ont le plus de difficultés ».
Dans ce débat, plusieurs conseillers municipaux se sont livrés à des exercices oratoires stériles, comme notre nouvellement élue sénatrice, Aline Archimbaud, qui a alors répondu : « avoir un tableau récapitulatif, oui, mais sur le fond de la question, pour construire des logements sociaux, les municipalités sont bien seules pour le faire. Le prix du foncier monte très vite. Le désengagement du gouvernement est irresponsable. Les municipalités se trouvent seules. Difficile de sortir des prix modérés avec un tel taux du foncier ». Comme on l’a vu plus haut, le désengagement financier ne date pas du gouvernement Sarkozy-Fillon… on attend la proposition de loi de Madame la Sénatrice.

D. Thoreau, de l’UMP, a quant à lui réclamé pour Pantin Habitat des moyens pour construire, alors que le gouvernement qu’il soutient activement ne cesse d’aggraver le désengagement de l’État existant : on attend la lettre de M. Thoreau au Président de la République, au ministre du logement... pour demander les fonds pour Pantin Habitat.

Grand spécialiste de la question, Bertrand Kern précise alors que pour construire, « il faut que Pantin Habitat dégage 30 à 40 000 euros de fonds propres par logement (...). Si Pantin Habitat construit, on n’aura pas 100% des attributions qui iront à des Pantinois, mais 20% à la préfecture, pour l’application de la loi DALO ». B. Kern indique que « le 1% logement nous apportait 30% des apports. Maintenant tout est pris par l’ANRU [la rénovation urbaine]. Ainsi, entre le préfet et le 1% patronal, plus de la moitié des logements ne sont pas attribués par Pantin Habitat directement ». Dans la même intervention, B. Kern a donné des chiffres précis sur le montant des loyers selon les coûts de construction : « pour un PLAI, le loyer est d’environ 6 euros le m², pour un PLUS, le loyer est de 10 euros le m² ; pour un PLS, le loyer est de 12 euros le m² ; dans le privé, il est de 18/19 euros le m² et chez un marchand de sommeil, il peut atteindre 25 ou 26 euros le m² ». Champion du « on ne peut pas faire autrement aujourd’hui mais il faudra voter pour nous demain », Bertrand Kern voudrait camoufler que cette politique — portée un temps par le président du Conseil Général, Claude Bartolone, lorsqu’il était ministre du logement — s’inscrit dans une continuité liquidatrice du logement à loyer modéré, qui est un des points communs de tous les gouvernements d’alternance qui se succèdent en France depuis 30 ans.

Ce que l’on attend d’un maire, ce n’est pas d’être le chef du conseil d’administration de la privatisation de la ville, c’est autre chose. C’est de mettre en œuvre des mesures qui vont dans le sens de la démocratie communale, s’opposant ainsi à la privatisation des services municipaux, c’est – s’appuyant sur la mobilisation de la population – aller chercher les moyens d’exister pour sa commune la où cela se décide, pas de nous appeler à bien voter la prochaine fois !

C’est notamment pour ces raisons que les comités de Pantin et d’Aubervilliers du POI discutent de la présentation d’un candidat aux élections législatives de juin 2012, pour dire :

  • Restitution aux organismes du 1% des fonds confisqués et détournés ;
  • Réengagement financier de l’État dans la construction, à hauteur des besoins, avec des loyers modérés, qui ne dépassent pas le 1/5ème du budget des familles ;
  • Non au plan de rigueur contre le logement social ;
  • Plan national pour la construction de 50 000 logements PLAI en Seine Saint Denis !

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